Histoire du salariat.

Parce qu’on entend souvent tout et n’importe quoi sur le travail, le salariat, et comment les avancées des travailleurs ont été obtenues (pas en glissant un bulletin dans l’urne), je mets ici un documentaire que je vous invite à visionner. Il n’est évidemment pas exhaustif et on notera également un certain parti-pris, mais c’est un bon support de départ pour qui souhaite creuser plus avant et mieux comprendre cette saleté qu’est la salariat.

Il était une fois le salariat
Anne Kunvari, 2006

Contre le fascisme (AIT – 1933).

Je retranscris ci-dessous la lettre envoyée par la jeune Association Internationale des Travailleurs aux participants du congrès antifasciste de Berlin. Le texte, introuvable en ligne jusqu’ici, provient du livre de François Guinchard L’Association Internationale des Travailleurs 1922-1936 – Du syndicalisme révolutionnaire à l’anarchosyndicalisme paru aux Éditions du Temps Perdu en septembre 2012.

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Contre le fascisme, aux délégués du congrès anti-fasciste européen (1933)

Aux travailleurs de tous les pays,

La victoire du fascisme en Allemagne est le début d’une nouvelle vague fasciste qui déferle sur le monde entier. Le régime de la dictature et de la terreur fascistes a pu s’établir sans la moindre velléité de résistance. La social-démocratie, le parti communiste, les syndicats réformistes – organisations marxistes aux millions d’ouvriers allemands organisés – ont capitulé sans lutte. La débâcle indigne et sans précédent du mouvement allemand s’est perpétrée d’une façon qu’on n’aurait jamais crue possible. Depuis longtemps déjà, la social-démocratie et les chefs des syndicats ouvriers qui lui sont dévoués avaient, grâce à leur coalition avec la dictature bourgeoise et avec le patronat, grâce à leur tolérance envers la réaction politique et sociale, pavé la route du fascisme.

Et après qu’ils aient refusé de lutter contre le fascisme, ils s’apprêtaient à pactiser avec celui-ci. Comme en 1914, les Wels, les Leipart et compagnie ont livré le mouvement ouvrier à ses ennemis mortels et au nationalisme déchaîné. Ils étaient prêts à toute soumission et à toute trahison. Ils ont fait appel à leurs partisans de marcher le 1er mai sous les plis du drapeau à la croix gammée. Ils étaient prêts à s’incorporer à l’État fasciste.

D’ailleurs les fascistes eux-mêmes ont pris soin, depuis, de l’œuvre de fascisation et de nationalisation des syndicats ouvriers allemands.

Après que les Leipart aient fait leur "devoir", ils pouvaient s’en aller.

Jamais un parti n’a fait faillite d’une façon aussi lâche et infâme que la social-démocratie allemande lorsque le 17 mai 1933 elle répéta son geste du 4 août 1914 : à l’heure du danger, elle n’abandonna pas la patrie. En août 1914 elle conclut l’union sacrée avec les adversaires du prolétariat. Aujourd’hui – c’est avec ses bourreaux qu’elle pactise. Fin honteuse, sans pareille, dans l’histoire d’un parti qui était l’orgueil et l’exemple de la social-démocratie internationale.

Et la politique du bolchévisme international ? Cette politique du parlementarisme stérile, de la démagogie électorale et des mots d’ordre hypocrites de front unique a fait, elle aussi, faillite. C’était la politique d’un opportunisme criminel, de la propagande démagogique et nationaliste à la terminologie fasciste : "asservissement Young", "lutte contre Versailles", "affranchissement national", "révolution populaire", etc.

Quand l’heure de la lutte en Allemagne eut sonné, la "Parti de Lénine" avec ses millions d’électeurs, fut tout aussi incapable d’agir et d’entreprendre la moindre action. La catastrophe allemande n’a pas seulement dévoilé, devant le monde entier, la trahison de la social-démocratie, mais elle a montré aussi le vrai caractère de la phraséologie révolutionnaire et de l’impuissance pratique du parti communiste.

C’est la politique des grands partis marxistes qui, en Allemagne, a définitivement fait naufrage. Si en Allemagne, où ces partis possédaient les organisations les plus fortes et les plus importantes de l’Europe, ils ont complètement renoncé à la lutte contre le fascisme, comment pourront-ils, dans d’autres pays, combattre le fascisme menaçant, puisque leurs organisations, déjà plus faibles, continuent à avoir la même politique.

La victoire du fascisme en Allemagne et le dégonflage du mouvement ouvrier dans ce pays renforcera inévitablement la réaction dans les autres pays. Plusieurs pays sont déjà menacés du fascisme. Plus la crise va durer, plus le chômage sera en croissance, plus la guerre économique prend des formes de plus en plus brutales, plus la course aux armements devient affolée, et plus la bourgeoisie dans les différents pays trouve son refuge dans la dictature.

Quelles que soient les formes que la dictature revête, son but partout – en Pologne, en Italie, au Portugal – est de conserver la domination capitaliste. Mais elle reste incapable de remédier à la misère des masses et de freiner la déroute économique. Le capitalisme ne pourra, dans la suite non plus, se protéger autrement contre la révolte que par le sang et la violence, par une oppression systématique du prolétariat au moyen de la terreur blanche et permanente.

Dans tous les pays, le fascisme devient de plus en plus le système politique du capitalisme en impasse. Le fascisme est la politique d’État d’un capitalisme qui ne trouve d’autre issue de la crise actuelle que celle d’une guerre impérialiste.

Le fascisme lève partout sa tête monstrueuse. Et derrière ce fascisme, c’est la guerre qui s’amène. La poussée fasciste du capitalisme mondial a suscité un nombre d’organisations communistes auxiliaires, telle que l’opposition syndicale rouge en Allemagne, en Pologne, la CGT d’Italie et la concentration contre le fascisme en Allemagne, à convoquer un congrès ouvrier européen anti-fasciste.

A ce congrès sont invitées toutes les organisations ouvrières locales et "toute personne qui désire lutter énergiquement pour la cause anti-fasciste". On y décidera les mesures à prendre dans la lutte contre le fascisme. On y discutera la question : "comment combattre de la meilleure façon le régime sanglant du fascisme et l’offensive du capital ?".

Le comité d’organisation de ce congrès s’adresse aux ouvriers des pays européens leur demandant "de combattre résolument le fascisme et l’offensive capitaliste par le front unique". Personne ne nourrit le moindre doute quant à ceux qui sont les vrais organisateurs de cette réunion internationale et de cette propagande pour le front unique préconisé par le Komintern ! Toutes les organisations communistes de remorque et tous les intellectuels sympathisants sont de nouveau mobilisés.

Le congrès contre la guerre tenu à Amsterdam n’était rien d’autre qu’un meeting de propagande en faveur de la politique du parti communiste et du gouvernement soviétique. Le programme de ce congrès n’était pas : "lutte contre toute guerre", mais "défense de l’Union soviétique" – mot d’ordre qui signifiait simplement que les travailleurs de tous les pays devront s’aligner du côté des États capitalistes qui seraient alliés de la Russie.

Le trait caractéristique de ce congrès, ce fut l’intolérance brutale et sauvage à l’égard de toute opinion non-stalinienne. Le seul résultat pratique de ce congrès fut la publication d’un manifeste.

Le congrès anti-fasciste européen n’est qu’une deuxième édition de celui d’Amsterdam – une vaste manifestation de démagogie bolchéviste. On y tâchera de cacher la politique cynique du Parti communiste russe dans ses alliances avec les États fascistes et de voiler la faillite du Parti communiste allemand.

L’association Internationale des Travailleurs et toutes ses sections n’ont cessé de faire ressortir la nécessité de lutter contre le danger fasciste et contre la guerre manaçante. Dans beaucoup de pays de l’Europe et de l’Amérique du Sud, les sections de l’AIT ont prouvé qu’elles étaient capables de mener la lutte contre la réaction fasciste. La section espagnole de l’AIT, la Confederación Nacional del Trabajo, à laquelle sont affiliés les grandes masses d’ouvriers et de paysans d’Espagne, a terrassé la dictature monarchiste par sa lutte héroïque. Aujourd’hui, elle prend les armes contre la dictature social-fasciste de la République démocratique et socialiste.

Mais l’AIT et ses sections refusent, comme à Amsterdam, de faire le jeu de la démagogie communiste et de la diplomatie du gouvernement soviétique. Ni l’AIT ni les sections ne participeront donc à ce congrès. Tout comme nous refusons de combattre la guerre sous les plis trompeurs de la "défense de l’URSS", nous nous refusons à faire la guerre contre le fascisme avec des organisations dominées et contrôlées par le gouvernement russe qui, aujourd’hui, signe des pactes d’amitié avec Hitler et Mussolini et qui, demain, sera prêt à faire le "front unique" avec ces États fascistes dans une guerre impérialiste.

Jamais, pourtant, la classe ouvrière ne pourra combattre la guerre et le fascisme si elle se range du côté d’un seul État, quel qu’il soit, si elle prend la défense d’une diplomatie gouvernementale quelconque. Au contraire, elle devra combattre sans répit tous les États et toutes les dictatures. Et si la classe ouvrière des autres pays non encore fascistes ne désire pas devenir la proie du fascisme comme l’est devenue la classe ouvrière allemande, elle devra faire appel à d’autres méthodes que celles qui ont conduit l’Allemagne à l’abîme.

Quiconque veut lutter contre le fascisme doit, avant tout, combattre les méthodes trompeuses des partis politiques qui ne s’insurgent contre le fascisme que tant qu’ils ne sont pas eux-mêmes au pouvoir.

Comment les travailleurs peuvent-ils lutter contre le fascisme avec ceux qui, par exemple, appuient les méthodes fascistes des dictateurs socialistes qui gouvernent en Espagne où le mouvement ouvrier révolutionnaire est mis hors la loi, où sa presse est détruite, et où des milliers de militants révolutionnaires sont dans les prisons ? Comment peut-on lutter avec ceux qui acceptent toutes les infamies d’un gouvernement bolchéviste, d’une GPU qui depuis des années a restauré en Russie le régime d’esclavage, et où la voix des ouvriers et paysans révolutionnaires n’est entendue encore que dans les prisons et dans les exils de la Sibérie et du Turkestan ? Les partis politiques qui avaient cru que le socialisme serait instauré par la conquête du pouvoir ont partout adopté les méthodes fascistes ou sont passés, comme en Allemagne, au fascisme.

Combattre la fascisme sans combattre l’État, le militarisme, la dictature, c’est ne pas toucher aux piliers fondamentaux du fascisme. C’est pourquoi la lutte des partis politiques contre le fascisme n’est qu’une lutte de façade, ayant eux-mêmes besoin du militarisme et de l’État pour leur propre dictature.

Le Fascisme ou la Révolution Sociale : la classe ouvrière n’a pas d’autre choix. La lutte contre le fascisme signifie la lutte contre toute dictature et la préparation de la révolution sociale. Il faut organiser cette lutte par-dessus la tête des partis politiques et contre eux – pour la destruction de l’État et de la dictature sous toutes ses formes, pour la reconstruction sociale basée sur le communisme libertaire.

Ce n’est pas de la démagogie du "front uni" des partis politiques et en faillite que se formera l’unité d’action nécessaire de la classe ouvrière en lutte. Celle-ci ne se formera que dans la lutte directe contre le système capitaliste d’aujourd’hui.

Etant donnés les évènements de l’Allemagne et le danger que court la classe ouvrière de tous les pays quant à l’éventualité d’une nouvelle guerre, l’AIT fait appel aux travailleurs de tous les pays de s’armer pour une lutte à outrance contre la dictature fasciste du capitalisme.

Créez partout, dans les usines, ateliers et bureaux, des comités de grève générale pour la lutte anti-fasciste et l’opposition à la guerre ! Empêchez les mesures fascistes par l’arrêt de travail. Répondez aux provocations fascistes par tous les moyens de l’action révolutionnaire : par la grève, par le boycott, par le sabotage. La puissance de la classe ouvrière est sur son lieu de travail. Ce n’est que par la destruction du capitalisme et de l’État que le fascisme ne pourra être définitivement anéanti.

Tous pour la lutte contre l’esclavage capitaliste, contre la terreur blanche, contre l’oppression de la classe ouvrière. A bas la dictature – qu’elle s’affuble du nom de "République démocratique" ou qu’elle porte le masque de la "dictature du prolétariat".

A bas le fascisme ! A bas l’État !

Vive la lutte révolutionnaire des ouvriers et paysans pour le Communisme Libertaire !

Vive la Révolution Sociale !

L’Association Internationale des Travailleurs

 

Valeurs (non F)actuelles.

Le torchon droitard Valeurs Actuelles, ne devant pas trouver assez à son goût les manifestants de Nantes lors de la manif du 22 février, ne s’est pas cassé la nénette. Une recherche "black block" dans le moteur de recherche interne de l’agence SIPA et le tour est joué.

VA1Vous allez me dire, oui, mais utiliser une photo d’illustration est une pratique plus que répandue, les médias se sentant obligés d’ajouter un visuel (quitte à ce qu’il n’ait aucun rapport avec la choucroute) dès qu’il s’agit d’une publication internet.

Mais le truc rigolo, c’est la légende que Valeurs Actuelles a collé à cette photo.

VA2Outre le fait que dans ma tête une guérilla – fût-elle urbaine – n’a rien à voir avec des gens – fussent-ils masqués – qui agitent des drapeaux, le truc le plus drôle est qu’en cherchant à peine, on découvre vite que cette photo n’a pas été prise à Nantes en 2014, mais à Londres en 2011, comme le prouve sa présence sur le flickr du photographe Joel Goodman.

flickr

Voilà comment Valeurs Actuelles manipule l’information.

Merci à blazay qui a le premier noté ce mensonge.

addendum : Je dois avouer que je n’avais pas, dans l’immédiat, pris la peine de lire la prose du sieur Amaury Brelet. Chose faite, je m’aperçois que mon humble blog y est cité et mis sur le même niveau que le site confusionniste Bellaciao et les perchés du Parti Juche. Enième preuve du niveau journalistique de ce canard vert de gris.

Maman, 'agad' ! Chû dans l'journal !"

Maman, ‘agad’ ! Chû dans l’journal !"

Une phrase absolument pas sortie de son contexte :

Que les choses soient claires : pour moi, rien n’est plus joli qu’une église qui brûle. Je dis église car petit blancos francaoui, mais je brûlerais aussi volontiers tous les autres bâtiments "saints" vides et inutiles construits grâce à l’argent des fidèles qui se sont fait arnaquer par les vendeurs d’assurance de l’âme. J’exècre les clergés et les institutions religieuses, et je chie sur la tête de tous leurs représentants.

 

Fourbi, un zine à se flinguer.

fourbiSi j’étale ma prose brouillonne plus que de raison sur internet, il m’est revenu récemment en mémoire que ces griffonnages compulsifs ont été déclenchés par ma découverte des fanzines, à l’âge de pierre pré-ADSL où, en lieu et place d’ordinateurs et de logiciels de mise en page et de graphisme, il suffisait d’un stylo, de blanco, de ciseaux, de colle et, pour les plus avancés technologiquement parlant, d’une machine à écrire, le Graal de l’époque.

fourbimaqQuand on avait noirci assez de pages, on se rendait au Copy-shop le plus proche, on se prenait la tête sur le sens à respecter pour ne pas avoir des recto-verso tête-bêche et l’on rentrait chez soi, des kilos de papier chaud dans le sac à dos, avant de se lancer dans une session de pliage-agraphage de plusieurs heures.

Ensuite on en balançait partout (disquaires, concerts,librairies, etc.) avec toujours deux ou trois exemplaires sur soi pour pouvoir en refiler au fil des rencontres. Il était également de rigueur d’en envoyer au moins un à ceux qui faisaient des fanzines dans lesquels on se retrouvait soi-même.

Et là, je ne sais plus trop où je voulais en venir…

Pas grave ; en gros, j’ai été pris d’une irrépressible envie de refaire du fanzine en papier pour parler – ô surprise ! – du travail, et plus précisément du salariat et de comment cette saloperie nous gâche la vie.

J’ai donc dans un premier temps choisi et compilé quelques textes rapidement mis en page, manière de lancer la machine. Parce que le fanzinat, l’auto-édition, le DIY – appelez ça comme vous voulez – c’est avant tout l’échange. Et mon envie là, ce serait que d’autres personnes participent à ce truc que j’ai baptisé Fourbi.

L’idée est de balancer ce zine un peu partout et un peu n’importe où. Sur la table du salon, dans les chiottes, dans les lavomatics, abandonnés sur les tables de troquets, glissés dans les rayonnages de la FNAC, au milieu des docs Pôle Emploi, et partout où les gens voudront bien et arriveront à le déposer.

Peut-être que pas grand monde au final prendra le temps de le lire, ne serait-ce qu’en partie. Mais j’ai envie d’essayer. J’ai envie d’espérer que ces "ressentis" sur le travail parlent à d’autres personnes. Des personnes hors de tout cercle militant.

Donc, si certaines et certains ont aussi envie de participer au numéro suivant, ou veulent plus d’infos, ou bien si vous voulez recevoir un ou plusieurs exemplaires de cette première tentative, il suffit de cliquer .

fourbizine

Clique pour télécharger les numéros de FOURBI

Merci de mourir dans les règles.

Pour une raison qui m’échappe encore, je relisais hier ma réaction à l’article ignoble de la non moins ignoble Marcela Iacub sur les suicides de salariés. Et j’ai repensé à cet ouvrier belge d’Arcelor-Mittal qui s’était donné la mort en octobre 2013, Alain Vigneron.

Il avait au préalable confectionné des panneaux revendicatifs et rédigé une lettre d’adieu destinée à la fois à sa famille, ses amis, ses collègues et Mittal qu’il désignait comme responsable de sa mort, et de celles de nombreux autres collègues, dont un qu’il avait lui-même découvert pendu sur son lieu de travail.

Alain Vigneron.

Alain Vigneron.

J’ai voulu retrouver cette lettre écrite à la main. Une lettre à l’écriture irrégulière, aux formulations maladroites et bourrée de fautes. Une lettre écrite par un gars entré à l’usine à quatorze balais. Qui a turbiné toute sa vie et à qui l’on a annoncé qu’à 45 berges, on allait lui retirer son job. Donc, sa vie.

Mais impossible d’en trouver un scan ou une quelconque reproduction. Les journaux avaient pris soin de bien corriger la prose ouvrière avant d’en publier des extraits. L’orthographe, la conjugaison obéissent à des règles strictes. C’est important les règles. Quitte à tuer une personne une seconde fois.

Car cette façon de "mal" écrire était partie intégrante de cet homme devenu ouvrier alors qu’il était encore un enfant. Elle était signe de son appartenance à la classe des exploités, au prolétariat qui ne peut plus vivre quand on ne veut plus de sa force de travail. Reprendre cette lettre pour la faire entrer dans les clous, c’est sous entendre que cet homme ne savait pas s’exprimer et qu’il faudrait nécessairement une traduction par une élite de l’écrit et de la communication pour qu’on le comprenne. C’est lui ôter et se réapproprier sa parole.

Un des panneaux confectionnés par Alain Vigneron avant de se suicider, et exposés pendant ses funérailles.

Un des panneaux confectionnés par Alain Vigneron avant de se suicider, et exposés pendant ses funérailles. Elle est pas parlante sa prose ?

Réécrire et corriger cette lettre, c’est aussi et surtout, en niant son individualité, sa personnalité, son statut, nier l’existence de cet homme. Et par extension nier l’exploitation et la souffrance des travailleurs. Les salariés sont une masse de non-individus interchangeables ; et quand l’un tombe, un autre vient prendre sa place en attendant, lui aussi, de retourner dans l’ombre de la mort.

Pire, quand on trouve enfin un extrait scanné de la lettre originale, on découvre un superbe copyright collé dessus. Même ses derniers mots lui ont été confisqués. Le mépris de classe dans toute sa splendeur.

lettre

J’imagine que vous savez où je me les mets, vos droits réservés…

Et à ceux qui viendront me reprocher de jouer sur la corde des sentiments : allez vous rouler dans la merde ; peut-être qu’un jour tout ce qu’il nous restera, ce seront nos émotions. Et ça, vous pourrez jamais nous le prendre.