Le 1er mai, ça va pas être la fête des travailleurs !

Pendant des mois on n’a vu et entendu qu’eux : les réacs bas du front qui luttent, non pas POUR quelque chose, mais CONTRE la liberté et l’égalité de certains. Au final et au bout de cinq mois de n’importe quoi, la loi du mariage pour tous a été votée. Dans le même temps, l’accord national interprofessionnel (ANI) sur l’emploi a été signé par le patronat et les organisations syndicales (CFDT, CFE-CGC, CFTC soi-disant représentatifs…) le 11 janvier, débattu puis adopté par l’Assemblée nationale le 9 avril et passé en force par un vote bloqué le 20 avril au Sénat.

L’ANI marque un recul historique des droits des travailleurs ; je te parle même pas des autres, ceux qui n’en ont pas, du travail. Cet accord qui n’est en fait qu’une liste d’exigences imposées par le MEDEF, va faciliter les licenciements et permettre au patronat de baisser les salaires et d’augmenter le temps de travail selon son bon vouloir.

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Je ne suis ni inspecteur du travail, ni syndicaliste professionnel mais je suis allé fourrer mon nez dans ce fameux accord manière de comparer avec le peu qu’en disent les médias. Parce que le salarié précaire que je suis, dans un secteur qui a servi de laboratoire à beaucoup de points de cet accord, n’a pas envie ni de vous voir tomber dans ces mêmes conditions de travail pourries, ni de faire les frais d’une nouvelle "expérience libérale" dont moi et mes collègues seront les cobayes. Sachant également que plus les droits et revenus des salariés baissent, plus ceux des chômeurs, retraités et autres laissés pour compte s’approchent de zéro.

La taxation des CDD qui devrait pousser les employeurs à privilégier des CDI est un bon gros mensonge par omission. Seuls quelques 20% des CDD sont concernés : cela ne s’applique pas par exemple aux contrats d’usages, à l’intérim ou aux salariés de moins de 26ans. Quant à la taxe elle-même, elle varie de 0,5 à 3 points qui s’ajoutent aux 15% déjà en vigueur. Vous croyez vraiment qu’ajouter un ou deux pour-cent de taxe par CDD va dissuader les patrons d’arrêter d’avoir recours aux contrats et salariés jetables ?…

Le fameux CDII, contrat à durée indéterminée intermittent – ne riez pas, ils ont vraiment osé inventer ce truc -, ne fera que précariser encore plus les salariés à temps partiel, constitués à 80% de femmes. C’est le patron qui décidera tout seul comme un grand de comment seront réparties les heures du salarié dans l’année, le mois, la semaine ou même la journée ! La prime de précarité disparaît (c’est un CDI !) et pas d’allocs chômage sur les périodes non-travaillées. Ce CDII trouvera notamment son plein champ d’application dans la grande distribution avec ces esclaves modernes que sont les caissières qui n’ont apparemment aucune vie en-dehors du bippage des articles.

La complémentaire santé obligatoire. Encore une belle saloperie qui n’entrera en vigueur qu’en 2016. Pourquoi ? Simplement pour coller avec une directive européenne qui permettra d’ôter à l’URSSAF le monopole de collecter les cotisations. Ce qu’on appelle la mise en concurrence – comme ont eu lieu celles du gaz, de l’électricité, etc. – permettra au chef d’entreprise de choisir où iront les cotisations en "faisant jouer la concurrence". Les assureurs privés se frottent les mains et commencent déjà à démarcher les entreprises à ce sujet. À terme, c’est la destruction pure et simple de la Sécurité Sociale. Et plus directement pour les salariés, sachez que les montants de prise en charge pourront dans certains cas être moins élevés que ceux proposés à l’heure actuelle avec la CMU. Ne tombez plus malades ! Quant à la pseudo-avancée que serait le partage entre patron et salariés à 50/50, sachez que ce rapport est aujourd’hui de 53% à la charge des patrons et 47% pour nozigues. Y’a vraiment écrit "CON" en lettres de feu sur mon front ?

La mobilité interne volontaire. Qu’y a-t-il de volontaire dans un rapport de subordination ? Sachez les copains qu’un salarié n’a jamais eu et n’aura jamais la moindre volonté dans une boîte. Bref, là encore, c’est le patron qui pourra imposer au salarié une mutation où il le souhaite sur le territoire. Si refus du salarié, le patron peut prononcer un licenciement pour motifs personnels, c’est à dire SANS aucun motif valable ! Un bon moyen de se débarrasser des fortes têtes par exemple.

Une variation d’horaires et/ou de salaires pendant deux ans peut être imposée si l’entreprise estime avoir des "difficultés conjoncturelles". Donnez-moi le nom d’une entreprise qui ne s’estime pas en difficulté… Ton patron pourra te baisser ton salaire quand il le souhaitera en invoquant ces fameuses difficultés. Là aussi un refus impliquera le licenciement, et le contrat de travail signé au préalable ne pourra plus être invoqué pour faire valoir ses droits. Le traitement se fera au cas par cas, individuellement, sans aucune obligation de plan social, donc de reclassement, d’indemnités, etc.

Concernant les plans sociaux justement, les "difficultés sociales" (âge, famille à charge, etc.) ne protègeront plus les salariés concernés. Le choix des licenciés se fera sur leurs "compétences professionnelles", notions plus que subjectives, laissées au seul jugement du patron. Les seuls recours possibles ne pourront se faire, non pas aux prud’hommes, mais uniquement au tribunal administratif. (sur ce dernier point, j’avoue ne pas maîtriser la différence, donc si certains peuvent m’éclairer)

Le délai pour saisir les prud’hommes passe de cinq à deux. Et alors qu’on pouvait réclamer des salaires ou des heures supplémentaires non-payées cinq ans en arrière, cet accord le réduit à trois ans.

J’aurais pu continuer cette liste et tenter ainsi d’être exhaustif sur ce qui nous attend, mais franchement, après avoir passé mon dimanche à éplucher ce texte, j’en ai plein les chaussettes… Le point à retenir est que désormais les patrons pourront nous foutre dehors sans avoir à fournir aucun motif, quand il leur plaira, quand notre gueule ne leur reviendra pas ou qu’on l’aura ouverte un peu trop fort. D’un autre côté les chômeurs doivent toujours et encore se justifier de refuser un emploi précaire pour éviter la radiation.

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Peu ou pas de droits, une disponibilité à l’entreprise de plus en plus grande, c’est pour nous la garantie d’une vie de misère et d’esclavage. Et tout ça n’a pas l’air d’inquiéter qui que ce soit… Pas même les confédérations syndicales qui restent dans un mutisme inquiétant qui m’amène à penser qu’elles se contenteront de vaguement négocier sur quelques points de cet accord. Je serais trotskiste, je les traiterais de sociaux-traîtres. Mais je dis juste que c’est des gros cons.

Pour finir sur un point positif  (non, je déconne !) : le copinage du gouvernement avec le patronat s’est confirmé récemment et là aussi dans un silence presque total, avec son refus de voter la loi d’amnistie des faits commis à l’occasion de mouvements sociaux et d’activités syndicales et revendicatives. De quoi définitivement niquer ceux qui tentent de sauver leurs gueules…

Elle est pas belle la vie des patrons ?

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